On en parle

L’album, par Francis Couvreux…

Connaissant Domi Emorine depuis une dizaine d’années et appréciant sa musicalité et sa sensibilité, Marcel Loeffler s’était toujours dit qu’il devrait monter un projet à 2 accordéons avec elle. Grâce à Stéphanie Simon, facteur des accordéons Gadji sur lesquels jouent Marcel et Domi, cette idée se concrétise aujourd’hui. En effet, organisant en juin dernier une porte ouverte dans son atelier, Stéphanie a demandé à Marcel de se produire en duo avec Domi, invitant également le duo Azzola-Bossati. Une formidable soirée aux dires de Marcel, à l’issue de laquelle l’enregistrement d’un disque avec Domi est apparu comme l’évidence même.

Intoxiquée très tôt par l’accordéon, Domi a débuté très jeune dans la variété, remportant moult prix, médailles et concours dont l’intitulé (coupe du monde de l’accordéon) relevait souvent plus de la compétition sportive que de la musique. Après s’être attaquée au classique en 1999, elle se partage aujourd’hui entre Paris-Moscou, duo formé en 2002 avec l’accordéoniste russe Roman Jbanov et La Milca, groupe rock qu’elle a rejoint en 2007, deux formations aux antipodes au sein desquelles elle se fait avant tout plaisir avec des gens qu’elle aime. Le présent enregistrement va en étonner quelques-uns ; Domi y dévoile de réelles qualités dans le domaine du swing et de l’improvisation.

On ne présente plus Marcel Loeffler ; apprécié des plus grands, il a joué avec tous les  musiciens tsiganes de sa génération et enregistré une bonne dizaine de disques de haut niveau ; c’est aussi un excellent compositeur (cf Amour secret, formidable composition qui figure sur son dernier disque et que l’on retrouve sur celui-ci, Conférence, valse enregistrée naguère par Note Manouche, le groupe qu’il avait formé avec le guitariste Mandino Reinhardt, ou encore Espérance, valse inédite composée en 2010).

Même s’ils ne s’expriment pas dans la même esthétique, Domi et Marcel sont deux accordéonistes qui s’apprécient, tant sur le plan humain que musical. Reconnus à la fois par le public et par leurs pairs, ouverts à toutes les musiques pourvu qu’elles soient bonnes, ils font tous deux preuve d’un bel éclectisme, que confirme le répertoire du présent enregistrement, choisi avec soin et avec goût, avec un penchant prononcé pour la belle mélodie.

Les duos d’accordéon ne sont pas légion ; on peut citer Viseur et Muréna au sein de l’Accordéon’s club (quelques 78 tours à la fin des années 40), le Bolovaris trio avec Francis Varis et Jacques Bolognési dans les années 90/2000 ou plus près de nous les récents disques de Daniel Colin, l’un avec l’accordéoniste japonais Tetsuya Kuwayama, l’autre avec l’argentin Raul Barboza, sans oublier, bien sûr, le duo de Domi avec Roman Jbanov.

L’exercice n’est en effet pas évident ; il ne faut pas se marcher dessus et les deux accordéons doivent constamment être audibles ; le pari est ici parfaitement réussi. Chacun écoute l’autre et nos deux accordéonistes se distinguent aisément par leur différence de style et de sonorité ; Marcel conjugue élégance du phrasé, swing, accélérations foudroyantes et improvisations dont il a le secret ; si le style de Domi est plus classique et plus sobre, elle a aussi des doigts et envoie à l’occasion quelques belles fusées (cf sur Douce joie ou sur Mouvements, composition jazz de Bireli Lagrène).

Servi par le drive impérial d’une section rythmique exemplaire (Gilles Coquard, vieux complice de Marcel aussi à l’aise à la contrebasse qu’à la basse électrique, qu’il fait ronfler avec précision et autorité sur quelques titres, et Cedric, le fils de Marcel, qui assure à la guitare un accompagnement à l’ancienne  conjuguant swing léger, finesse et précision- on entend les basses, les accords- un orchestre à lui tout seul), nos deux accordéonistes exposent certains thèmes à l’unisson, poétisent autour de la mélodie et dialoguent en parfaite harmonie. Toujours attentifs l’un à l’autre, leur osmose est parfaite : quand l’un expose le thème, l’autre improvise ; si l’un chorusse, l’autre l’accompagne ou tisse de subtils contrechants ; et si les deux s’y mettent, leurs questions-réponses conjuguent musicalité et inspiration (cf sur Délicatesse, belle valse d’Azzola, accordéoniste qui fut la première source d’inspiration de Marcel, et dont il a parfois quelques accents).

Partout chez eux dans la musique, ces deux-là peuvent tout jouer et ne s’en privent pas. Un très beau disque d’accordéon ; un très beau disque tout court.

Francis Couvreux, chroniqueur pour Accordéon&accordéonistes

L’album, par Marcel Azzola…

MarcelAzzola

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